LA PRESSE ET R deel

Une partie des articles parus sur la revue depuis sa naissance, en mode texte. (Presque) tous les articles sont en mode image ici.
 


Le Matricule des Anges : Le réel sans frontières

Retour sur le crash annoncé de la revue R de réel : la descente se fait encore dans le plaisir et l'invention.

Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges, février 2005

Dans une page du Dictionnaire qui vient clore chaque livraison, on trouve, à l'entrée Zeugma, quelques lignes empruntées à Pierre Desproges : « Une récente statistique nous apprend que plus de 95% des mineurs lorrains ignorent totalement ce qu'est un zeugma ! Est-ce que cela les empêche d'aller au charbon ? Mais introduisez maintenant l'un de ces mêmes mineurs dans un salon mondain, et branchez la conversation sur le zeugma : qui a l'air con ? C'est le merle des corons avec ses gros doigts noirs sur la flûte à champagne ». Au merle, apprenons donc qu'avec cette figure, il s'agit d'associer des éléments appartenant à des domaines différents, de faire le « grand écart »: « je voudrais reprendre espoir et du dessert », propose par exemple notre Dictionnaire. On pourrait, à la rigueur, ajouter le credo même de cette revue qui se dit « généraliste et alphabétique » car si le premier adjectif renvoie au contenu (divers) d'R de réel, le deuxième indique plutôt la contrainte (forte) qui pèse sur son écriture : suivre pas à pas l'alphabet en plaçant chaque volume sous l'égide d'une lettre, laquelle vient déterminer une grande partie des sujets abordés. Zappa, Zapata et Zorro sont ainsi à l'honneur du volume Z. Et en toute logique il n'y en aura pas d'autre. R de réel vient de s'éteindre.

Après à peine cinq ans d'existence, c'est une belle mort, sans aucun doute, semblable à celle des étoiles éphémères, qui échappent ainsi à l'ennui. Et puis, Laetitia Bianchi (rédactrice en chef) et Raphaël Meltz (directeur de publication) font comme un baroud d'honneur, où s'exposent une dernière fois les charmes de leur publication. En fin de parcours, l'oeil s'arrêtera sur la carcasse d'un dirigeable (ou Zeppelin) cloué au sol, photo qu'accompagne la légende « Le lendemain, une foule de curieux s'agglutine autour des vestiges calcinés et encore fumantes de l'alphabet » : R de réel s'impose d'abord par sa capacité à marier nouveau grand écart le texte et l'image. Des clichés, des gravures anciennes, de la bande dessinée, etc ; mais aussi de surprenantes mises en page et des « choix typographiques très soulignés », pour rompre avec les routines éditoriales comme par esprit de jeu. Le noir et blanc s'accompagne ici d'une sorte de luxe décalé et inventif : R de réel ne s'est pas épargné le plaisir des suppléments (CD-Rom ou jeu de l'oie), et celui des collaborations décalées avec des auteurs rigolos (Éric Chevillard ou François Bon). Érudition potache, livre-objet, souci des formes et manie des références : on pourrait alors craindre un univers borné par les frontières du littéraire à tendance ludique. Piège évité grâce à de vigoureuses prises de position (tel, dans ce numéro, un désarmant plaidoyer pour Zinédine Zidane), ou certaines analyses conceptuelles remarquables (sur le kitsch, le spleen, les loisirs...). Bianchi et Meltz, anciens normaliens qui se comparent volontiers à Bouvard et Pécuchet, veillent bienheureusement à éviter tout jargon.
« Et après le Z, vous faites quoi ? » : espiègle, la revue dresse la liste de ceux qui entonnèrent ce refrain. Proposons quand même quelques éléments de réponse. Meltz & Bianchi conçoivent et réalisent la collection « on se demande comment de tels livres arrivent entre les mains du public » (aux éditions Verticales), dans laquelle s'acoquinent écrivains et dessinateurs contemporains ; ils ont failli réaliser une mini-revue consacrée à la ponctuation, qui semble s'être heurtée à la censure des commanditaires (le site www.rdereel.org dévoile les détails de l'affaire, ainsi que certains développements sur la virgule) ; ils auraient été « absorbés » par un mystérieux consortium, la Bobby Zoom Company (voir encore le site) ; mais ils réapparaissent ces jours-ci derrière un stand du festival d'Angoulème. Ils ont l'air de bien s'amuser.



 

Libération : La beauté du zeste

Zorro est arrivé. Dernière livraison d'une revue qui pratique l'ordre alphabétique comme l'un des beaux-arts.

Par Philippe LANÇON
Libération, jeudi 28 octobre 2004

R de réel. revue généraliste, volume Z, novembre 2004, 64 pp., 6.40 €.


Si l'on excepte les cassettes de Mission impossible, peu d'oeuvres programment dans la paix leur autodestruction ­ et s'y tiennent. Avec son vingt-troisième et dernier numéro, la revue R de Réel y parvient, comme toujours, avec une élégance de guépard. Une phrase de Lichtenberg sert de plaque funéraire à la page d'ouverture couleur linceul : «Il eut donc la meilleure idée qui lui vint jamais : il mourut.» Puis la revue caresse la lettre Z, avant de saluer, en dernière page, ses nombreux collaborateurs «sur son lit de mort».

R de Réel est ­ ou fut ­ en effet une revue abécédaire. Elle est dirigée par deux jeunes auteurs, Raphael Meltz et Laetitia Bianchi. Des écrivains comme François Bon, Eric Chevillard et Pierre Senges y collaborent régulièrement. Le principe est simple : chaque numéro saisit une lettre (ou deux parfois) de l'alphabet. Puis chacun choisit certains mots commençant par cette lettre. Les articles sont parfois des définitions, parfois des fictions, parfois des réflexions, parfois de la critique. Une iconographie, une typographie et une mise en page très soignées, pleines de fantaisie et de raffinements, accompagnent ces textes.

A la lettre Z, on trouve un article sur Zinedine Zidane, sur l'onomatopée Zzz, sur Frank Zappa, sur Zapato et sur Zapata, sur Zorro bien sûr, et encore sur Led Zeppelin (par François Bon) et le portrait d'un zoolâtre (par Eric Chevillard). L'un des textes les plus plaisants est un débat imaginaire, arbitré par un certain Monsieur Z, entre le philosophe Michel Foucault et l'animateur Jean-Pierre Foucault. Son auteur, Laetitia Bianchi, met dans la bouche du premier des phrases qu'il écrivit dans la Vie des hommes infâmes ; il s'y intéresse à des vies inconnues, dont la justice nous permet d'avoir la trace : «Ce qui les arrache à la nuit où elles auraient pu, et peut-être toujours dû, rester obscures, c'est la rencontre avec le pouvoir. Le pouvoir qui a guetté ces vies, qui les a poursuivies, qui a porté, ne serait-ce qu'un instant, attention à leurs plaintes et à leur petit vacarme et qui les a marquées d'un coup de griffe...» «Et grâce aux émissions télévisées qui parlent d'eux, renchérit le second, parlant comme le premier, ils parviennent jusqu'à nous sans porter plus d'indices de réalité que s'ils venaient de la Légende dorée.» Les deux hommes semblent finalement d'accord, comme si Foucault (Michel) n'avait écrit que pour être repris par Foucault (Jean-Pierre). Au passage, Bianchi pose une question simple et compliquée : quelle est la nature du pouvoir des grandes émissions de témoignage audiovisuel ? Mais elle le fait sans le dire, avec légèreté, ironie, avec cette espièglerie qui marque l'esprit d'une revue pleine de discrétion et toute dans la beauté du zeste.

Après avoir rappelé aux lecteurs qu'il ne faut pas oublier le z de Nietzsche, R de Réel s'achève naturellement sur la lettre z infiniment répétée, comme bourdonnement d'une abeille ayant perdu son dard ou ronflement d'un sommeil désormais irréversible. A lire, donc, et à regretter.

 

Zurban : Système D

Par Fabienne Jacob
Zurban, 13 octobre 2004

Le 14ème Salon de la revue permet de découvrir quelque 700 publications françaises et étrangères, de littérature et de sciences humaines, souvent introuvables ailleurs.
Parmi lesquelles l'insolite R de réel, qui mélange écriture, BD et graphisme, et qui illustre l'espace de liberté et d'invention qu'est la revue, affranchie des contingences du magazine. Le prix à payer pour cette aventure est l'absence de moyens, un handicap qui ne peut être sumronté que par de fortes personnalités. Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz, 28 ans, sont de celles-là. Ils ne se reconnaîtraient pas dans ces vers de Rimbaud : « Oisive jeunesse à tout asservie ». Pas oisifs du tout et encore moins asservis à quoi que ce soit. Si ce n'est à leur propre passion, celle d'avoir conçu, rédigé, maquetté, diffusé leur revue. Ni dieu, ni maître, ni sponsor, juste une subvention du Centre National du Livre (CNL) pour se lancer dans l'aventure en janvier 2000. Depuis, les deux jeunes éditeurs passent le plus clair de leur temps à noircir leurs pages, écrire eux-mêmes ou collecter des articles (non rémunérés) de collaborateurs extérieurs, romanciers, photographes, dessinateurs. Un sacerdoce que revendique Raphaël Meltz : « Oui, on est fous. Il faut l'être pour se lancer dans une telle entreprise. La contrepartie, c'est la liberté absolue de faire ce qui nous plaît. » Soit R de réel, avec son format carré, son habillage noir, sa très intrigante couverture, et dont chaque numéro est un hommage à une lettre de l'alphabet.
Fantasque et malicieuse. Ainsi, le numéro dédié à la lettre O est-il carrément troué en son milieu pour symboliser cette lettre toute ronde. Ouvrons au hasard le volume de la lettre T. Les drôles de tampons que le génial Sardon y a essaimés : cancrelats, pantins, têtes de morts, et on en passe. La carte topographique de Tulle revisitée par l'astucieux Jochen Gerner vaut aussi le détour. Une inventivité fantasque et malicieuse que l'on retrouve à l'œuvre dans les textes. Comme dans ce drôle d'article encyclopédique sur le tampon, « métaphore de la bêtise militaire ou champ lexical de la bureaucratie bornée » ?
« On voulait une revue hétéroclite, sans dissociation entre le fond et la forme, sans élitisme, explique Laetitia Bianchi. Où de vieilles gravures et de la bande dessinée pouvaient illustrer un texte plus ardu. » Ce qui a donné le plus de fil à rtordre aux deux jeunes éditeurs ? Sans conteste, la diffusion. Amateurs d'oulipo ou de 'Pataphysique, ne manquez surtout pas R de réel au Salon de la revue. Elle livre son chant du cygne avec la lettre Z comme Zappa, Zorro, Zeugma...

 


Le Monde : Volume Q

R DE RÉEL

On connaît la formule, certes limitée (vingt-quatre étapes, pas une de plus...), de cette revue qui sait conjuguer intelligence et esprit potache, culture et irrespect. Il s'agit d'explorer l'univers de significations et d'images ouvert par chaque lettre de l'alphabet. A chaque numéro sa lettre, jusqu'au Z. Sans l'avouer, on attendait l'opus 17, le "Q". Quid ? du "Q"! De tête-à-queue et quiproquos à QI en passant par la queue leu leu, Queneau, le quantique et l'in-quarto, et quelques autres occurrences moins convenables, les amateurs trouveront à se satisfaire. En ouverture, Laetitia Bianchi, l'une des responsables de la publication, propose une divagation érudite au cœur de la lettre. L'illustration, la maquette et la typographie sont des agréments supplémentaires.

Patrick Kéchichian.

Le Monde, 22 avril 2003.

 

Le Monde interactif : Variations autour de la lettre O

Trois étudiantes de l'école des Gobelins réalisent dans le cadre de leur formation un CD-Rom autour de la lettre O, en supplément de la revue "R de réel". Un très beau voyage animé et instructif à travers 12 disciplines différentes.
34 mots. D'"oiseau" à "onomatopée" en passant par "ouaouaron", Odile Ducout, Coralie Lamotte et Julia Longavesne, en formation "concepteur réalisateur multimédia" aux Gobelins, déclinent dans un "parcours multimédia" 34 façons d'appréhender la lettre O. O2 est le nom de ce CD-Rom vendu en supplément du volume O de la revue littéraire R de réel. Cette revue, créée en janvier 2000, se propose de publier tous les deux mois un volume, correspondant à une lettre de l'alphabet. A la fin des 26 lettres, c'est-à-dire à Z, l'aventure prendra fin. Mais, d'ici là, elle est bien active, comme le prouve ce très beau supplément numérique, expérimenté pour la première fois.
Chaque mot est illustré, animé et sonorisé de façon unique et originale. En 110 écrans, le spectateur est invité à un voyage sur les sons, les mots, les sens. Les définitions donnent lieu à des textes érudits rédigés par les auteurs de R de réel, Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz. Les douze disciplines traitées dans le CD-Rom sont réparties en quatre modules, distincts par un système de navigation et un code couleur (bleu, jaune, vert et rose-orange). Sont traitées la biologie, l'anthropologie, la philosophie, l'astronomie, la colorimétrie, etc. Dans chaque discipline, afin d'enrichir le contenu du CD-Rom, un spécialiste intervient, introduit le visiteur à sa discipline et se livre à un "exercice de style" sur un mot en O en rapport avec sa discipline.
O2 correspond à un travail de longue haleine. Les trois étudiantes, dans le cadre de leur formation, se sont attelées avec enthousiasme au projet. Elles ont même fondé en septembre 2001 Joc'R, une association qui conçoit et réalise des produits multimédia. O2 est leur premier projet. Il a reçu le soutien du Centre national de la cinématographie (CNC), par un financement dans le cadre du Dispositif pour la création artistique multimédia (Dicream) d'une valeur de 5 000 euros. Cette somme a permis le pressage du CD-Rom en environ 1 700 copies. R de réel n'est normalement tirée qu'à 1 400 exemplaires. Le CD-Rom a donc suscité un réel entrain.
En tout, le projet a pris un an aux trois étudiantes, débutant à l'été 2001 et s'achevant l'été dernier. Julia Longavesne avoue qu'elles y ont consacré "soirées, week-ends et vacances" et ont dû affronter le scepticisme de leurs professeurs, habitués à voir des projets bien trop ambitieux abandonnés au cours de l'année. Après avoir pris contact avec R de réel au Salon du livre, les filles décident de créer un CD-Rom, objet rond, comme le O qu'elles doivent illustrer. Les auteurs leur laissent une totale liberté pour habiller le contenu du CD-Rom, plus coloré et moins sobre que la revue. Après six mois de conception, les jeunes graphistes entament la réalisation : les fonds des écrans ont été créés à partir de pastels, de gouache, d'encre... puis numérisés et retouchés sous Photoshop.
Ces jeunes artistes ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin : alors qu'elles préparaient le projet, elles se réunissaient quotidiennement dans une brasserie près de l'Opéra. Les effluves des bons plats leur ont donné envie de lancer un nouveau projet. Cette fois-ci, il s'agit d'un CD-Rom à dimension pédagogique, où les enfants seront invités à découvrir des aliments à travers les cinq sens. Le pari est de taille, mais les graphistes sont déjà reparties au travail. Un trio à suivre...

Camille Le Gall [legall@lemonde.fr]

Le Monde interactif, 28 octobre 2002.

 

Télérama : La revue des belles lettres.

Elle est accueillante, alphabétique, anachronique, et si peu arrogante. Elle est carrée, calibrée, calligraphiée. Elle est jeune, jolie, en aucun cas jacobine ou jacassière. Elle est petite, pétillante, pas chère, plus pétroleuse que polissonne. Elle est numérotée, non synndiquée, noire (et blanche). Elle est R de réel, une revue dont le fond de l'air est plutôt frais. Née il y a près de trois ans de l'envie conjuguée de Raphaël Meltz et Laetitia Bianchi, cette publication (cinq numéros par an) vient de fêter son quinzième numéro. Quinze comme la quinzième lettre de l'alphabet. C'est-à-dire O comme odeur, ombre, onze, orange, orgasme, ornithorynque... autant d'entrées aléatoires comme autant d'occasions de disserter sur tout ce qui intéresse ses deux créateurs ; lesquels consacrent un nombre d'heures incalculables et non retribuées à fabriquer cet ouvrage tiré à mille exemplaires. En janvier 2000, le A eut tous les honneurs, à l'automne 2004, le Z sera donc à la fête, prononçant du même coup l'autodissolution de la revue. “C'était le contrat, mais peut-être continuera-t-elle sous uneautre forme”, assurent-ils dans leur grenier encombré d'ordinateurs... et de piles d'invendus.

Véronique Brocard.

Télérama, 12-18 octobre 2002.

 

Le Nouvel Observateur

Œuvre jubilatoire et généreuse ou œuvre absconse et incohérente, la revue alphabétique bimestrielle allie ces deux tendances pour former un tout pour le moins surprenant. Le présent numéro se consacre à la lettre «N». «N» de noir, de nature ou de négatif, thèmes littéralement décortiqués version analyse philosophique, dans lesquels la vision du monde réel apparaît au travers de considérations métaphysiques. La revue lie l’intellect au comique dans les jeux de mots, pour le plus grand plaisir de nos méninges. Prochain voyage en septembre avec la lettre «O», parce que l’imaginaire est un océan.

Le Nouvel Observateur, 18 juillet 2002.

 
remue.net [le site de François Bon]

"revue illustrée généraliste et alphabétique", bon, au début, de la lettre A à la lettre C, on se disait que les petits jeunes mangeaient leur pain blanc, et qu'ils auraient du mal à tenir le rythme... seulement le rythme ils l'ont trouvé, en bâtissant depuis chaque lettre une exploration par l'écriture, c'est-à-dire la création, la poétique, le verbe, plus la typo, plus les citations, les mots qui sont à la frontière, ceux qui grattent ou qui gênent – du coup, on est loin de la revue, désormais beaucoup plus comme un grand livre à 26 tomes... on aurait presque hâte que ça s'arrête rien que pour voir ce qu'ils inventeront après – c'est bien sûr R de Réel, de longtemps signalé sur cette page – et comme la fondatrice, Laetitia Bianchi, fait paraître un livre étonnant chez Verticales, c'est l'occasion d'en reparler.

www.remue.net (page actualité, 4 juillet 2002.)

 
Libération

“Revue généraliste et alphabétique” carrément emballante, R de réel s'attaque ici à des sujets en M (la martichore, les marionnettes comme manipulations métaphoriques, les migrations), tandis que Nicolas de Crécy y dessine le Maître et Marguerite. Le tout se recommande par son intelligence et son ton pertinemment décalé.

Libération, 9 mai 2002.

 
Le Monde

Les animateurs de R de réel, "revue généraliste", ont eu un jour cette idée, à la fois simple et infiniment ouverte : prendre l'alphabet dans l'ordre et consacrer un numéro à chaque lettre. Nous en sommes au "L", et donc au douzième numéro. Cette contrainte, loin d'empêcher la fantaisie, la favorise, même si la fin de l'aventure est d'emblée programmée. La littérature reste leur principale préoccupation. Ainsi, nous passons sans difficultés de considérations sur les "logiciels libres", outils de l'utopie informatique, à des propos sur la notion de loisirs, pour terminer par un joyeux dictionnaire, qui mêle Loana aux lézards et Lichtenberg, celui qui, au milieu du XVIIIe siècle, "avait donné des noms à ses deux pantoufles" et ambitionnait d'"inventer de nouvelles erreurs", aux lions. Le tout est très heureusement illustré et mis en page, ce qui ne gâte rien de notre plaisir.
Patrick Kéchichian

Le Monde, 12 février 2002.

 

Le Nouvel Observateur

R de réel, volume K.

Cette revue culturelle se décline selon l’alphabet. D’où son numéro 11 consacré à la lettre K, avec au kaléidoscope: kitsch, Kokinshû, kamikazes (d’Amérique), et Kafka, bien sûr. En supplément, il y a Madame K., venue en guest star. C’est le dessinateur Michel Longuet, découvert autrefois par Jérôme Lindon, qui se penche sur son cas, dessine et commente sa visite opportune. Il y est question d’une maison de famille, d’une grand-mère, d’oncles et de tantes en nombre suffisant pour se chamailler. Au centre, la bonne, l’impayable Marguerite, et l’auteur, un drôle de canard qui fourre son bec partout.
Ruth Valentini

Le Nouvel Observateur, 27 décembre 2001.

 

Le Matricule des Anges

R de réel a fait d'une contrainte une liberté. Bimestriel, chacun de ses volumes s'articule autour d'une lettre de l'aphabet, le H, aujourd'hui, après le G du précédent. La contrainte: ne publier - mis à part quelques chroniques - que des articles sur des mots dont l'initiale titre le volume. La liberté: n'accepter pour contrainte que la précédente. On trouvera ainsi deux captivants articles: l'un Historique sue l'Hôpital, l'autre pHilosopHique sur l'Humanisme. En fin de volume, l'embryon d'un dictionaire personnel comportant HascHicH ou encore Hernani revue par François Boddaert. Parmi les chroniques, on aimera, sûrement, celle de "la salle la moins visitée d'un musée célèbre". Jouant d'une iconographie ludique et surprenante, d'une mise en page très vive, le tout évoque un catalogue Manufrance revu par un facteur cheval, quelque chose, aussi, des pochettes surprises de notre enfance. Un de vos amis - ou vous-même - n'a plus goût à grand-chose; votre curiosité s'élime? Happez en Hâte R de réel.
Pierre Hild

Le Matricule des Anges, 34, avril-mai 2001.

 

La Quinzaine littéraire

Voilà que les revuistes font la police des caractères. Que ce soit R de Réel, revue de bas prix et belle qualité dont on a déjà signalé l’originalité, et qui, en bonne logique, devrait compter 26 numéros (puisque chacun correspond à une lettre de l’alphabet), qui le fasse au volu-me « G » est assez comique, quoi que la revue n’en ait pas, en tout cas ouvertement, joué: son septième numéro atteignant la lettre « G », on peut en effet lire sur la tranche, en haut la lettre « R » (pour R de réel), en bas, la lettre « G », ce qui fait « RG » et dés lors justifie pleinement qu’on y enquête sans ménage-ment sur les polices de caractères utilisées par les journaux. Étudiant exemples à l’appui les évolutions des maquettes de deux revues à prétention culturelle, Les Inrockuptibles d’une part et Les Cahiers du cinéma d’autre part, la rédaction montre, avec une indéniable efficacité, les processus de normalisation à l’oeuvre dans « le laid est toujours bizarre », ferait-il grimper les chiffres de vente.
Le gros de la revue, pour autant, est ailleurs, à la lettre G, comme « géographie » (par Jacky Tiffou), « guerre » (par Laetitia Bianchi) ou « gratte-ciel » (par Madeleine Von Oyen, qui voudrait montrer comment « l’opération arithmétique » que serait le gratte-ciel d’après Emilio Cecchi peut aboutir à l’uniformisation tout en puisant ses racines au mythe biblique :« Allons Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! »).
On lira également un voyage imaginaire à Lisbonne (puisque, assure Nicolas de Crécy, mieux vaudrait lire Pessoa que partir en voyage), et les articles de la partie « dictionnaire », qui sont autant de longues citations pour nous faire voyager de « gants » à « grue » en passant par « gégène », « gourmandise » et« grammaire ». B. L.
R de Réel, revue généraliste. volume G, 68 p., 35 F, 31 rue de Saintonge, 75003 Paris (« www.reel.fr.st »).

La Quinzaine littéraire du 16 janvier 2001.

 
Multiples (revue de poésie)

R DE RÉEL (21x21,64 p., 35F; abonnement à 6nos: 160F).

J’ai découvert cette merveille au Salon de la revue à Paris où MULTIPLES avait aussi sa table (petite). R DE RÉEL est carré. Tiens, me dis-je, quel drôle de nom et je louais Dieu que ma revue s’appelât MULTIPLES. Mais en me penchant sur la couverture, je fus attiré par l’iconographie sur fond noir. Regardant mieux, je lis : « Revue généraliste ». Tiens ! comme mon fils médecin, pensai-je. J’avisai que chaque « carreau » noir était consacré à une lettre de l’alphabet. Tiens! ajoutai-je, c’est une encyclopédie. J’achetai 4 livraisons: B, C, D, E et je me mis à lire. Chaque sommaire était divisé en 5 parties: Q réservé au savoir, Z (comme zut ?) réservé à la critique, G à l’imaGinaire, R au dictionnaiRe, N (de Naturel) aux illustrations. Restaient à vérifier: 1) l’humour (vérifié: lisez «Bourgeoisie (de droite)» et «Bourgeoisie (de gauche)»); 2) le sérieux du savoir. L’article sur la démocratie de Laetitia Bianchi m’en convainquit; je découvris un 3) l’audace: «Critique de la critique» attaquait les journalistes littéraires de la grande presse parisienne (Raphaël Meltz).
Et aussi, quelle imagination dans l’invention d’une courte fiction à partir des noms de jeux cités dans Gargantua: jeu du «migne migne boeuf» (lettre B), jeu du «laver la coiffe ma dame» (lettre C), jeu du «reniguebleu» (lettre D).
Je lus «châtiments» et j’appris (sous la plume — multiple — de Laetitia Bianchi) que châtier était montrer sa puissance sociale: «le nombre de piliers du gibet variait avec le rang du seigneur: les barons avaient 4 piliers, les comtes 6, les ducs 8, et le roi en avait autant qu’il le souhaitait» (volume C, p. 24), que la discrimination sociale se lisait jusque dans la peine infligée: «la hache aux nobles, la hart (la corde) au vilain» (p. 23). À la lettre E, je compris la nécessité des mathématiques non-euclidiennes!
Ces jeunes inspirés sont aussi des chercheurs de textes, de dessins: je découvris un Brunetto Latini qui écrivit en 1263 «Livre du Trésor ». Quelle fraîcheur!
L’iconographie est antique (pierre gravée représentant un calendrier romain, un masque marrant de «manducus» (de bouffeur!), moderne (oh! le clown châtiant sa basse-cour — gravure allemande), les pitreries (pitre-rit) de Victor Hugo; plus tard, les dessins de Mac Cay (Little Nemo), de Rodolphe Tôppfer, la tête grasse, lisse, et tragique de Nicolas de Crécy... Je vous entends courir pour vous abonner!
Henri Heurtebise

Multiples, n°58-59 (9 chemin du Lançon, 31410 Longages), novembre 2000.

 
Le Monde des Livres

L´entreprise est originale et a une fin en principe programmée : au vingt-sixième numéro, une fois que tout l´alphabet aura été parcouru. A chaque numéro sa lettre, donc. Nous en sommes au « G » et à toutes les possibilités ouvertes par cette étape alphabétique, de la guerre à la grue, de la géographie au Goncourt. Les animateurs de cette belle publication à la maquette et au sommaire très recherchés se devaient de prêter la plus grande attention au caractère visuel des autres publications. Sous le titre «Le Laid est toujours bizarre», sont ainsi étudiées plusieurs initiatives visant à donner une nouvelle apparence à certains magazines culturels. (janvier-février, 31, rue de Saintonge, 75003 Paris, 64 p., 35 F [5,34 €]).
P. K.

Le Monde du 19 janvier 2001.

 
La Quinzaine littéraire

La très originale revue R de réel, lancée en janvier 2000 sous la responsabilité de Raphaël Meltz et Laetitia Bianchi, sort son numéro C. Rompant à la fois avec le rythme lent qui est habituellement celui des jeunes revues littéraires et avec la numérotation chiffrée, elle propose tous les deux mois un dictionnaire sélectif correspondant à son lettrage (cette fois-ci caïd, canal +, cinéphilie, .com, cru/cuit...), une rubrique "Savoir", des articles critiques et des textes littéraires, parmi lesquels un roman-feuilleton.
Son indépendance, sa liberté de ton, tout à la fois facétieux et sérieux, l'élégante sobriété de sa couverture noire en font un objet curieux, inattendu, assez remarquable, il faut le dire. Ceux qui verraient dans son titre un désir de coller à un esprit d'époque seraient vite démentis par les choix esthétiques et critiques de la revue, qui préfère la rareté et la mlittérature à toute "tendance" provisoirement cultuelle (voir par exemple l'excellent article sur Houellebecq du numéro A).
T.Samoyault

La Quinzaine littéraire du 1er juin 2000.

 
Libération: "R de réel" et le châtiment (Rubrique Kiosque)

C comme "châtiment": "Qu'est-ce que punir? Esct-ce venger? Expier? Faire souffrir - l'âme ou le corps" C comme "critique de la critique" ou C comme "Colombie". Dans sa livraison de mai-juin, la revue R de réel décline la lettre C. Le châtiment donc et son histoire. Depuis la Grèce antique, où la "mort douce" par poison était "un privilège". Tandis qu'en 1757 on aime l'écartèlement, l'huile bouillante et les tenailles. Plus tard, c'est le code pénal de 1810, et "la prison devient la principale forme de châtiment entre la mort et l'amende". Aujourd'hui, on se vante de "châtiments plus humains. Mais sont-ils plus cléments? Il sont surtout moins visibles: la pudeur épargne la mauvaise conscience". A lire aussi une interview de Loïc Wacquant, auteur des Prisons de la misère. Il s'agace du débat actuel sur le monde carcéral qiu, selon lui, "élude soigneusement la question de fond: à quoi donc peut servir la prison au XXIe siècle? On s'apercevrait, si on la posait, que nul ne sait plus pourquoi au juste on enferme les gens".

R de réel, lettre C.
En vente en librairies jusqu'à fin juin. 35 francs.

Libération du 30 mai 2000.

 
L'Événement du Jeudi

Quel est le "réel" dont traite la revue R de réel? Son contenu semble obéir à des règles complexes et arbitraires. On y juxtapose des études sur la BD intello et sur le Moyen Age, on y mêle érudition et critique des médias. La maquette, néoclassique, est très élégante.
Contact: www.reel.fr.st

L'Événement du Jeudi 18-24 mai 2000

 

Le Monde: Les vertus de l'ordre alphabétique

IL Y A DES REVUES qui se singularisent immédiatement par leur allure et par leur ton. Tel est le cas de R de réel, qui se définit elle-même comme « revue bimestrielle généraliste et alphabétique ». Le numéro 2, qui vient de sortir (mars-avril 2000), fait un sort à la lettre B, comme le précédent l'avait fait pour la lettre A. Cette méthode de classement, faussement désinvolte, annonce donc vingt-six numéros. Ceux-ci sont carrés, imprimés sur un luxueux papier ivoire, et font une large place à l'insolite. L'équipe de normaliens et d'artistes issus des Beaux-Arts qui est à l'origine de cette entreprise a voulu créer un « bel objet », une revue qui soit à la fois « intellectuelle et sympathique, rigoureuse et rigolote ». Au vu des deux premiers numéros, le pari est réussi.

« Des choses insignifiantes les attristaient : les réclames des journaux, le profil d'un bourgeois, une sotte réflexion entendue par hasard. » On aura reconnu Bouvard et Pécuchet. « Non contents de s'attrister, ils luttent. Ils luttent naïvement. Ils luttent par ordre alphabétique. Ils sont ridicules. Cette revue lutte. Elle lutte naïvement. Elle lutte par ordre alphabétique. Elle est ridicule », indique l'éditorial de ce deuxième numéro. Le combat contre la bêtise est d'ordre presque métaphysique. Le recours à l'ordre alphabétique est évidemment beaucoup moins innocent qu'il n'y paraît, qui aligne l'un après l'autre des mots tels que Babar, banlieue, barbapapa, bourdivisme, babouvisme, bourgeoisie (de droite), bourgeoisie (de gauche).

Ce deuxième numéro s'intéresse à la bande dessinée et au béton. De la première, Arnaud Robin dresse un bilan manichéen. Il y a d'un côté les bons, ceux qui inventent des histoires et des graphismes nouveaux. Et de l'autre les méchants, qui ne font que répéter inlassablement les mêmes recettes. L'originalité est souvent à chercher dans le passé, dans des BD presque totalement oubliées, alors que « la grande majorité de la production [contemporaine] est débile - parfois distrayante, mais débile ».

A propos du béton, Lætitia Bianchi raconte l'histoire d'une invention qui a d'abord eu un peu honte d'elle-même, puisque son sort a longtemps été de rester caché, sous des ornements divers. Et pourtant, tout a changé avec lui. « Il n'a pas une apparence propre, laquelle serait terne, grossière, oppressive, mais une infinité d'apparences possibles. Et c'est là la révolution architecturale induite par le béton : être une pâte, et non un matériau. Une pâte que l'on coule dans un moule ; une pâte qui peut donc prendre toutes les formes possibles, et notamment les formes courbes, que la pierre ne permet que très difficilement de produire. » Le béton continue à avoir mauvaise presse. L'urbanisme théorisé par Le Corbusier ne fait plus recette, les grands ensembles sont devenus des repoussoirs. L'auteur de cet article, qui rappelle la formule de Le Corbusier selon laquelle « l'architecture, c'est, avec des matières brutes, établir des rapports émouvants », cite des réussites récentes qui contredisent les idées reçues.

Les rubriques financières sont des gags. Le président-directeur général de la société Kill Import, très fier d'avoir licencié en 1999 les trois quarts de son personnel, fermé trois établissements en France et ouvert douze usines dans le tiers-monde, affirme que le cours des actions de son entreprise ne peut en conséquence qu'augmenter indéfiniment. La colonne « Matières premières » est consacrée à la hausse des cours du sable, une valeur « à laquelle les investisseurs les plus sérieux ne peuvent s'empêcher d'associer celles de plage, soleil et sexe ».

La revue est vendue 35 F le numéro, 160 F l'abonnement d'un an ; R de réel, 31, rue de Saintonge, 75003 Paris.
Dominique Dhombres

Le Monde du 11 mars 2000

 

L'Humanité: la revue R de réel commence par la lettre a

Le bimestriel R de réel est né avec l'an 2000. Jusqu'à la fin de ce mois [février], le premier numéro de ce curieux magazine curieux est disponible par abonnements [et en librairies]. Cette revue se revendiquant rigoureuse et rigolote propose dans sa première livraison: un rappel sur l'Algérie, histoire de mieux décrypter le réel; une réflexion sur Aristophane et les femmes; une invitation à découvrir les arts africains; un écrit sur les écrits de François Bon; et, histoire de remettre le réel en ordre, un dictionnaire dont les premières pages, logiquement consacrées à la lettre A, évoquent l'alcool, l'argent, l'audiovisuel comme l'âne sauvage.
Côté distraction, la revue invite à crucifier les mots plutôt que les croiser, elle offre une météo mensuelle qui, pour une fois, ne décevra personne, et ouvre un roman-feuilleton dont les héroïnes s'appellent Astrid et Blanche, ce qui est bien le moins pour une revue se piquant d'alphabet.
Pour se procurer ce volume A et la suite: R de réel, 31 rue de Saintonge, 75003 Paris. Tél et fax: 01 48 04 30 66.

L'Humanité du 8 février 2000

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