TOUT LE MONDE EN PARLE
Les femmes sont-elles bêtes ?
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[ De la question de savoir si les femmes sont plus bêtes que les hommes, tout le monde en parle. De nombreux auteurs, plus ou moins connus, plus ou moins spécialistes, plus ou moins morts, débattent. ]
Spinoza — Peut-être demandera-t-on si les femmes sont par nature
ou par institution sous l’autorité des hommes? Si c’est par institution,
nulle raison ne nous obligeait à exclure les femmes du gouvernement...
Philippe Séguin — Vous imaginez, alors que je fais un effort
de rajeunissement et de féminisation, que je vais aller retirer la
tête de liste à Roxanne Decorte, qui incarne cette volonté
de renouveau?
Spinoza — ...si toutefois nous faisons appel à l’expérience,
nous verrons que cela vient de leur faiblesse.
Auguste Comte — Quelque imparfaite que soit encore, à tous égards,
la biologie, elle me semble déjà pouvoir solidement établir
la hiérarchie des sexes, en démontrant à la fois anatomiquement
et physiologiquement que, dans presque toute la série animale, et
surtout chez notre espèce, le sexe femelle est constitué en
une sorte d’état d’enfance radicale qui le rend essentiellement inférieur
au type organique correspondant.
Rabelais — Car la nature leur a placé dans le corps, dans un
lieu secret et interne, un animal, un organe, qui ne se trouve pas chez les
hommes, et par lequel quelquefois sont engendrées certaines humeurs
salées, nitreuses, boracineuses, âcres, corrosives, lancinantes,
amèrement chatouillantes, dont la piqûre et le frétillement
douloureux (car ce membre est tout entier nerveux et d’une vive sensibilité)
ébranlent tout leur corps, emportent tous leurs sens, intériorisent
toutes leurs passions, troublent toutes leurs idées.
Érasme — La femme, animal évidemment fou et déraisonnable,
mais amusant et gracieux. Les femmes qui ont les joues toujours lisses, une
voix toujours flûtée, la peau douce, sont l’image d’une perpétuelle
adolescence.
Schopenhauer — La raison et l’intelligence de l’homme n’atteignent
guère leur développement que vers la vingt-huitième
année; chez la femme au contraire, la maturité de l’esprit
arrive à la dix-huitième année. C’est pour cela que
les femmes restent toute leur vie de vrais enfants.
Herbert Spencer — La facilité comparative avec laquelle les
femmes cèdent à leur impulsivité ferait de l’accroissement
de leur influence un facteur nuisible au travail législatif.
Olympe de Gouge — La femme a le droit de monter sur l’échafaud;
elle doit avoir également celui de monter à la tribune.
Homme anonyme — Tire ton slip, salope!
Roselyne Bachelot — Il faut que nous soyons réellement meilleures,
mieux formées, plus honnêtes, plus loyales dans nos amitiés,
plus fermes dans nos convictions, plus tendres, plus humaines, plus courageuses.
Des femmes, quoi!
Lionel Jospin — Je n’ai pas nommé des femmes parce qu’elles
étaient femmes. J’ai choisi des personnalités pour assumer
des fonctions précises.
Ernest Renan — Les socialistes se trompent grossièrement sur
le rôle intellectuel de la femme: ils voudraient en faire un homme.
Or, la femme ne sera jamais qu’un homme très médiocre.
Platon — «Tu as raison d’affirmer qu’en tout, pour ainsi dire,
le sexe mâle l’emporte de beaucoup sur l’autre sexe. Pourtant, nombre
de femmes sont supérieures à nombre d’hommes, en maints travaux.
Mais en général la chose se présente comme tu dis. Par
suite, mon ami, il n’est aucun emploi concernant l’administration de la cité
qui appartienne à la femme en tant que femme, ou à l’homme
en tant qu’homme; au contraire, les aptitudes naturelles sont également
réparties entre les deux sexes, et il est conforme à la nature
que la femme, aussi bien que l’homme, participe à tous les emplois,
encore qu’en tous elle soit plus faible que l’homme.»
Encyclopédie Éducation France (1960) — À supposer
qu’il soit vrai que la femme soit naturellement plus faible par ses facultés
intellectuelles que l’homme, c’est une raison suffisante pour la fortifier
par un enseignement vigoureux et sain, par une éducation solide et
complète.
Jacqueline de Romilly — Je revois les mains des petites filles, levées,
ou plutôt tendues, très fort, avec le bras gauche soutenant
parfois le bras droit, et de petits gémissements accompagnant la requête
d’être interrogées...
Kant — En ce qui concerne les femmes instruites, elles se servent
de leurs livres pour ainsi dire comme elles se servent de leur montre : elles
la portent pour que l’on puisse voir qu’elles en ont une, et peu importe
qu’elle soit en général arrêtée ou qu’elle ne
soit pas bien réglée sur le soleil.
Marie de Gournay — Que si les dames arrivent moins souvent que les
hommes aux degrez d’excellence, c’est merveille que le deffaut de bonne instruction
ne face pis, les gardant d’y pouvoir arriver du tout.
Gilberte Pierre-Brossolette — Il y a quantité de femmes intelligentes
et quantité d’idiotes !
Paul Morand — Plus les femmes sont idiotes et plus elles sont malignes.
Je veux dire qu’inaccessibles à la raison, elles arrivent plus vite
au réel, par des raccourcis d’elles seules connus.
Ségolène Royal — Avec leur vitalité, leur instinct
de l’urgence, elles pourraient déplacer des montagnes.
Gilberte Pierre-Brossolette — Elles peuvent apporter tellement. Et
différemment.
Auguste Comte — La qualification d’égalité a été
trop sophistiquée de nos jours pour être employée convenablement
à caractériser le principe des rapports universels; je lui
préfère de beaucoup la formule fraternité.
Ernest Renan — Ainsi la vie est partagée, tous ont la meilleure
part, et il y a place pour 1’amour.
Sylviane Agacinski — L’homme et la femme (selon la formule d’Aristote)
«ne peuvent exister l’un sans l’autre». On me reprochera sans
doute de considérer ici comme naturelle cette dépendance mutuelle,
et donc d’admettre implicitement que l’humanité est naturellement
hétérosexuelle. J’assume ce point de départ comme relevant
de l’évidence.
Aristote — La première union nécessaire est celle de
deux êtres qui sont incapables d’exister l’un sans l’autre: c’est le
cas du mâle et la femelle en vue de la procréation; c’est encore
l’union de celui dont la nature est de commander avec celui dont la nature
est d’être commandé, en vue de leur conservation commune. Ainsi,
c’est la nature qui a distingué la femelle et l’esclave.
Olympe de Gouge — La différence est grande; on le sait. L’esclave
commande au maître.
Aristote — Le mâle est par nature plus apte à être
un guide que la femelle.
Jacques Derrida — Le féminisme, c’est l’opération par
laquelle la femme veut ressembler à l’homme, au philosophe dogmatique,
revendiquant la vérité, la science, l’objectivité, c’est-à-dire
avec toute l’illusion virile, l’effet de castration qui s’y rattache.
Voltaire — Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser
les hommes.
Pierre Bourdieu — On attend d’elles qu’elles soient “féminines”,
c’est-à-dire souriantes, sympathiques, attentionnées, soumises,
discrètes, retenues, voire effacées. Et la prétendue
“féminité” n’est souvent pas autre chose qu’une forme de complaisance
à l’égard des attentes masculines, réelles ou supposées.
Marie de Gournay — Se trouve-t-il plus de difference des hommes à
elles que d’elles à elles mesmes, selon l’institution qu’elles ont
prinse, selon qu’elles sont eslevées en ville ou village, ou selon
les Nations?
Avec, par ordre d’entrée en scène, Spinoza, Traité
politique, ch. XI, § 4, 1677 ; Philippe Séguin interrogé
par J.-P. Elkabbach, Europe 1, mi-janvier 2001 ; Spinoza, ibidem ;
Auguste Comte, Lettre à John Stuart Mill du 16 juillet 1843 ; Rabelais,
Tiers-livre, ch. XXXII, 1546 ; Érasme, Éloge de la
folie, § XVII, 1509 ; Schopenhauer (1788-1860), Essai sur les
femmes, Actes Sud, 1987 ; Herbert Spencer, Justice, ch. XXIV,
108, 1891, trad. M. Castelot ; Olympe de Gouge, Déclaration des
droits de la femme et de la citoyenne, article X, 1791 ; Homme anonyme,
Salon de l’agriculture, mars 1999 ; Roselyne Bachelot, Le Pacs entre haine
et amour, p. 172, Plon, 1999 ; Lionel Jospin, in Marie-Claire,
avril 2001 ; Ernest Renan, L’Avenir de la science, 1890, rééd.
Calmann-Lévy, p. 524, 1910 ; Platon, La République,
455 d-e, trad. Robert Baccou, Flammarion, GF, 1966 ; Encyclopédie
Éducation France, p.16, 1960 ; Jacqueline de Romilly, L’Enseignement
en détresse, III, Julliard, 1984 ; Kant, Anthropologie du point
de vue pragmatique, 2e partie, C, 1798, trad. A. Renaut, Flammarion,
GF, p. 291, 1993 ; Marie de Gournay, L’Égalité des hommes
et des femmes, 1622 ; Gilberte Pierre-Brossolette, in Le Monde
, 8.III.2001 ; Paul Morand, Journal inutile, 18 mai 1969, Gallimard,
2001 ; Ségolène Royal, La Vérité d’une femme
, p.94, Stock, 1996 ; Gilberte Pierre-Brossolette, ibidem ; Auguste
Comte, ibidem ; Ernest Renan, ibidem ; Sylviane Agacinski,
Politique des sexes, p. 107-108, Seuil, 1998 ; Aristote, Politique
I, 2, 1251 a 25 sq, trad. Jean Tricot, Vrin, 1989 ; Olympe de Gouge,
op. cit., postambule ; Aristote, op. cit., I, 12, 1259 b 1
sq ; Jacques Derrida, Éperons, Flammarion, “Champs”, 1978,
p. 50 ; Voltaire, L’Ingénu, 1767 ; Pierre Bourdieu, La domination
masculine, p. 73, Seuil, “Liber”, 1998 ; Marie de Gournay, ibidem
. Les citations sont toutes exactes ; de très rares passages ont été
coupés, sans l’indication [...] mais sans altération de sens.
Les guillemets indiquent que c’est un personnage de l’auteur indiqué
qui parle. Montage réalisé par A.B., L.B., R.M. Remerciements
à J.-F.Danon, M.Carnaroli, M.Serre, R.Besse-Desmoulières, H.Heurtebise,
É.Petitdemange.
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